FEUILLE GOMME CRAYON

ODEURS ET CHEMINÉE

Sep
24

Cabane

Chalets d’Anterne, Alpes françaises, 2 257 mètres.

Nuit tourmentée. Des rafales de vents et de neige se sont abattues sur une immensité glacée. Échos d’animaux hibernants et d’appels déboussolés. Un autre visage où les repères disparaissent. Une lumière isolée s’éteint, la solitude, l’angoisse et ces quelques mètres à franchir guidés par l’instinct. S’enfoncer si facilement dans les profondeurs et souffrir pour en sortir. Répétitions, exutoire des pensées cycliques, juste avancer.

Les mains rencontrent la rugosité du bois, distinguent la forme d’une poignée. Entrer, se réchauffer et s’abattre sur le sol. Les lendemains ne comptent plus, vaincre la fatigue, rêver.

L’aurore s’abat sans violence. Le calme, la plénitude d’un monde endormi. Et quelques êtres enveloppés dans un cocon silencieux s’éveillent. Cris d’alarmes, le cauchemar reprend forme.

Orianne secoue Martin de toutes ses forces. Devant lui, il la découvre les yeux larmoyants et des gouttes de sang commencent à perler au bout de son nez. Dans la précipitation, il se couvre le visage avec son T-shirt et commence à s’agiter. Au loin, il distingue la gardienne inanimée, un brouillard épais dans la pièce et lui viennent ses premières nausées.

  • Vite ! Aide-moi à ouvrir les fenêtres !
  • Aaaahhhh, j’étouffe !

Presqu’instantanément, toutes les menuiseries sont ouvertes, portes, fenêtres et même une petite trappe qui débouche sur la réserve de bois. Orianne s’affaire à tenter de r

éanimer la gardienne qui au bout de quelques instants reprend vie, le visage convulsé, empli d’effroi.

  • Vous avez essayé de me tuer !
  • Certainement pas ! Mais vous nous devez sans aucun doute des explications !

Face à leurs incompréhensions et à leurs accusations mutuelles, le narrateur, en profita pour tenter de déterminer l’origine de la situation. Facile. Sur le conduit de fumée du poêle avaient été disposés un caleçon en coton et une paire de chaussettes de bonnes factures. L’état de chacun d’entre eux montrant cependant un usage antérieur extrême, La preuve en était faite. Le contact avec le poêle encore chaud avait déclenché une transformation olfactive de la pièce la rendant toxique, embrumée et par la même occasion mortelle.

Peu de temps après, ils finirent par en arriver aux mêmes conclusions.

  • Regardez ! Il y a des traces sur le sol et elles mènent vers l’extérieur !
  • Que va-t-il falloir encore endurer ?

D’un pas incertain, ils se dirigent vers l’escalier et en suivant leur seul indice, débouchent face à la porte de la réserve de bois. Sans forcer, ils pénètrent dans la pièce et à leur grande stupéfaction, il découvre un corps de femme gisant dans un coin sombre, morte de froid.

Les yeux remplis d’étonnement, Orianne reconnait le visage gonflé de reproches de sa couturière. Tourmentée, elle cherche des liens pour reconstruire l’histoire, persuadée qu’elle s’est laissé mourir.

Brusquement, une révélation. En effet, quel affront pour une grande couturière de voir porté, malmené, ébouriffé et presque torturé le fruit de son travail, le fruit de son existence. Elle rougit.

One Response to ODEURS ET CHEMINÉE

  1. J’aime beaucoup la chute !

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